Dépistage du VIH hors-les-murs : au plus près des populations - écrit en collaboration avec le Docteur Faouzi SOUALA

En matière de dépistage du VIH-Sida, il n’est pas toujours évident de pousser les portes des structures dédiées. Fort de ce constat, le CeGIDD (Centre Gratuit d’Information de Dépistage et de Diagnostic) de  Rennes a mis en place des opérations de dépistage hors les murs pour toucher les populations qui ne peuvent ou ne savent pas utiliser les structures existantes. Le Docteur Faouzi SOUALA, praticien hospitalier, responsable de l’unité de prévention et du CeGIDD, du service des maladies tropicales et infectieuses du CHU de Rennes, qui a participé à leur mise en place, explique la raison d’être d’une telle initiative.

 

En quoi consiste cette opération de dépistage hors les murs ?

Depuis 2009, le CeGIDD de Rennes a lancé des actions extérieures afin d’élargir notre offre de dépistage et nous allons à la rencontre de populations isolées ou marginales afin de leur proposer un dépistage du VIH ,des hépatites ,et, des IST.

Le COREVIH (Coordination régionale de lutte contre le Virus de l’Immunodéficience Humaine) a investi dans un camion mutualisé (Unité Mobile) pour le dépistage départemental et régional. Nous organisons des opérations  de dépistage dans des lieux publiques, mais nous travaillons également avec différentes structures d’accueil ou d’accompagnement de ces personnes. Il est certain que ces sorties nécessitent des moyens humains, matériels et logistiques qu’il faut prendre en compte. Il y a au minimum une infirmière, un médecin et une secrétaire mais, selon l’ampleur de la sortie, l’effectif peut être plus important.

 

Justement, avec quels partenaires organisez-vous ces sorties et pour toucher quelles populations ?

Nous essayons d’englober toutes les populations mais particulièrement celles à « risque ». Ainsi, nous faisons 4 sorties annuelles pour le CAARUD (Centre d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des risques des Usagers de Drogues) et 4 autres sorties pour le CSAPA (Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie) de Rennes ce qui nous permet de toucher les personnes concernées par la prise des substances psycho actives, une population à risque pour le VIH mais surtout pour le VHC et le VHB. Nous travaillons également avec les Restos du Cœur (8 sorties par an), où nous pouvons rencontrer des personnes particulièrement démunies et/ou migrantes, ou encore l’association AIDES avec qui nous organisons 3 séances annuelles sur la santé sexuelle auprès des HSH (hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes), eux aussi particulièrement exposés. Nous faisons également des sorties auprès d’un centre d’accueil social, le Puzzle, où viennent des usagers de drogues et des personnes sans domicile fixe. Nous intervenons 3 fois par an dans les saunas et milieux libertins. Enfin, nous participons bien entendu à divers grands événements de mobilisation comme la Journée mondiale de lutte contre le Sida, le Sidaction, la Marche des fiertés (journée de sensibilisation LGBT ; Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres) etc.

 

Comment a évolué le projet au fil des ans ?

Nos sorties étaient un peu limitées quand nous avons démarré mais elles se sont multipliées depuis 5-6 ans : nous en avons aujourd’hui entre 25 et 30 par an. Cela s’est amplifié car il y a un réel besoin et une demande pour toucher les populations dites « à risque ». En effet, la mission du dépistage intramuros (CHU) ne répond pas toujours à la problématique des populations les plus précaires et les plus vulnérables qui ne vont pas forcément se rendre spontanément dans les centres de dépistage. Les tests réalisés sont plutôt sanguins (VIH, hépatites et syphilis). Les recherches d’IST aux différents sites concernés par prélèvements locaux sont techniquement difficilement réalisables hors les murs.

 

Comment se passent la remise des résultats des tests de dépistage ?

Le choix est laissé aux personnes qui se sont faites dépister hors les murs de venir chercher leurs résultats en personne (au centre ou dans les structures où nous intervenons) ou de les recevoir par courrier. Mais il y a une règle essentielle à laquelle nous ne dérogeons jamais et qui repose sur une convention avec les personnes elles-mêmes : les résultats positifs sont toujours remis en mains propres par un médecin afin de pouvoir mettre en place leur accompagnement. Le nombre estimé de personnes à risques dépistées annuellement varie  entre 500 et 600 et en fonction du nombre de sorties. Pour 2017, et pour 24 sorties, il y a eu 511 personnes dépistées.


Interview réalisée avec le Docteur Faouzi SOUALA, du service des maladies infectieuses et tropicales du CHU de Rennes, le 6 février 2018.

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