Break the chains: le sida ne passera pas par eux !

Depuis l’automne dernier, l’opération Break The Chains se tient à Lyon. Organisée à l’initiative du COREVIH Lyon-Vallée du Rhône, elle est inspirée de l’événement éponyme qui se déroule en Suisse (portée à la fois par la Confédération et Aides suisse) depuis une dizaine d’années.

L’objectif ? Réduire la charge virale communautaire au VIH chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et réduire le nombre d’hommes non diagnostiqués en phase de primo-infection, selon le Corevih. « Le but de cette opération est de casser la chaîne de contamination, explique le Docteur Jean-Michel Livrozet, Président du Corevih. Adressée aux HSH séronégatifs, Break the Chains se déroule en quatre étapes principales. »

Une participation libre mais moralement engagée

Tout d’abord, une vaste campagne de communication est menée durant l’été et au mois de septembre (teasing, affiches sur le thème de la protection etc...). La deuxième étape consiste en des opérations de sensibilisation. Des questionnaires sur les pratiques sexuelles et sur la primo-infection – le cœur de l’opération – sont distribués aux HSH dans les lieux qu’ils fréquentent particulièrement, à la suite de quoi sont récoltés leurs réponses ainsi que l’engagement moral et librement consenti de ceux qui sont prêts à participer à Break the Chains : « Il s’agit, durant tout le mois d’octobre, d’éviter tout risque de transmission en ayant des rapports protégés, décrit le Docteur Livrozet. Enfin, le mois suivant est consacré au dépistage. A noter que les participants à l’opération sont ensuite contactés durant le mois de décembre pour savoir s’ils se sont, d’une part, protégés et, d’autre part, dépistés. »

Une opération fondée sur la communication persuasive

Et, pour que le message soit persuasif et que la mobilisation soit forte, le Corevih s’est inscrit dans une démarche de communication dite persuasive (ou engageante) : « C’est une grande spécificité du Break the Chains organisé dans notre région, poursuit le Président du Corevih. Nous avons en effet monté l’opération avec un psychologue spécialisé dans la prévention et qui avait travaillé sur la stratégie de l’engagement : celui-ci est considéré comme un acte préparatoire et peu coûteux mais qui rend plus probable la réalisation d’actes ultérieurs considérés comme plus coûteux, ici les rapports protégés durant un mois et le dépistage à l’issue de ce mois. » Et, de fait, la technique semble fonctionner puisque plus de 234 questionnaires et engagements ont été recueillis dès la première édition de l’opération l’année dernière à Lyon : « Contrairement à ce que nous redoutions, nous n’avons pas rencontré de rejet, se souvient le Dr Livrozet. Au contraire, avec cette approche-là, j’ai été très surpris par la facilité de ces engagements. Les résultats obtenus sont vraiment étonnant ! »

Tirer des enseignements du passé... (1)

Justement, du côté des résultats (tant via les questionnaires d’engagement que les entretiens à la fin de l’opération), les enseignements sont édifiants, comme le souligne Jean-Michel Livrozet : « en premier lieu, nous avons constaté via les questionnaires et le message autour de la primo-infection qu’il y a une vraie méconnaissance de celle-ci. Au-delà de l’opération de dépistage, ce sont donc également des enseignements sur la prévention que nous avons tirés. » De fait, les chiffres sont parlants : sur les 234 participants au questionnaire avant l’opération, 46 % ne connaissent pas la primo-infection, 43 % ont eu des relations non protégées au cours des 12 derniers mois et 79 % se sont fait dépister au cours de la même période. Concernant les entretiens post-opération (seuls 58 répondants), 88 % se sont protégés durant le mois d’octobre et 86 % se sont fait dépister le mois suivant. « Il va nous falloir affiner notre méthode de récolte des données, c’est certain, analyse le Docteur Livrozet. Mais globalement, sur le fond, nous constatons que le message de ces “30 jours pour stopper le sida“ est particulièrement efficace chez les jeunes de 18 à 35 ans et dans les lieux tels que les bars, les boîtes de nuit, les saunas etc. »

... pour faire grandir l’événement

Autant d’éléments qui permettront sans aucun doute une deuxième édition réussie, comme le prédit le Dr Livrozet : « Break the Chains 2017 était une grande première et, comme souvent, on a essuyé les plâtres. Cela explique ce bilan un peu mitigé mais tout à fait normal. Mais nous avons de nombreuses idées pour améliorer et donner plus d’ampleur à l’événement. Nous allons passer les questionnaires sur tablettes, ce qui sera plus attractif et plus pratique pour les participants mais aussi pour l’analyse des résultats. Nous souhaiterions également faire un partenariat pour impliquer les laboratoires privés pour le dépistage. Nous sommes certains qu’ils joueront le jeu. » Plus encore, le Corevih ne cache pas son envie de voir l’opération se répandre dans toute la région : « Il était difficile d’impliquer tous les Corevih l’année dernière avec la mise en place des nouvelles régions administratives. Désormais plus opérationnels, il faut faire connaître l’événement et faire les choix positifs qui permettront de rendre cette action pérenne. »

  • Interview du Docteur Jean-Michel LIVROZET réalisée le 1er août 2018

SOURCE : (1) « Présentation “Break the chains“, transmise par le Docteur Livrozet

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