La Boucle du ruban rouge : une course contre le sida à travers la France (1, 2)

Alors que la France accueillera le 10 octobre à Lyon la 6e Conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose, le Crips Île-de-France se mobilise et organise la Boucle du ruban rouge. Cette course solidaire traversera de nombreuses villes entre le 3 septembre et le 6 octobre afin de tracer sur la carte de France la forme du fameux symbole de la lutte contre le VIH/sida. L’occasion de mettre en lumière la lutte et la prévention contre le VIH et de sensibiliser le public, de rencontrer les associations et acteurs qui agissent sur le terrain et d’interpeller les pouvoirs publics.

C’est Jérémy Chalon, chargé de projet au Crips Île-de-France et à l’initiative du projet, qui parcourra les 1600 kilomètres du tracé : « j’ai 38 ans, soit à peu près le même « âge » que le virus. Et même si je ne suis pas particulièrement sportif ni forcément taillé pour l’aventure à première vue, je crois qu’il est fondamental de se lancer des défis. Toute proportion gardée, cette course sportive est à l’image de celle que représente l’éradication de l’épidémie. Et tout est une question de volonté. » En pratique, le jeune père de famille prévoit de parcourir une centaine de kilomètres chaque jour, à pieds et à vélo, pour rejoindre les différentes villes étapes parmi lesquelles Bordeaux (le point de départ), Angoulême, Châteauroux, Châlons-en-Champagne, Orléans, Reims, Saint-Quentin, Lille, Paris et l’Île-de-France ou encore Auxerre… A l’arrivée, à Lyon, il participera au marathon organisé le 6 octobre, qui se déroule en amont de la  la 6e Conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose. La veille de cette conférence et pour clôturer son parcours Jérémy souhaite rencontrer Emmanuel Macron et lui « remettre symboliquement un ruban rouge ».

Rappeler que la lutte contre le VIH continue

Car, au-delà de l’exploit sportif lui-même, le but est avant tout « de fédérer et mobiliser autour des enjeux de la lutte contre le VIH/sida», poursuit Jérémy Chalon. Pour le Crips et son représentant, il s’agit notamment de rappeler à tous l’objectif mondial du 90-90-90*(3) : « Pour ce faire, il est essentiel de mettre en lumière l’enjeu que représente la dotation du fonds mondial pour l’accès au traitement », rappelle encore le sportif.

La fin de la Boucle sera donc l’occasion d’interpeller les dirigeants lors de la Conférence dont « la tenue dans notre pays est historique. En organisant cette course en marge de l’événement, nous répondons également présents à l’appel à la mobilisation lancé par Emmanuel Macron le 21 juin dernier, 110 jours avant cette réunion internationale ». D’autant que la France a pendant longtemps été le deuxième financeur du fonds : « nous devons, plus que jamais, être leaders dans cette lutte contre l’épidémie car, nous ne le répéterons jamais assez, le sida existe toujours et continue de tuer. Or, nous avons les moyens d’enrayer l’épidémie en développant encore plus l’accès à l’information et au dépistage pour faire de l’équation « I=I »**(4) une réalité. »

Un partenariat étroit avec les acteurs associatifs

Au-delà des institutions politiques, c’est tout le paysage associatif de lutte contre le VIH/sida qui a été impliqué dans le dispositif : « Notre volonté est d’aller à la rencontre de ces acteurs pour écouter leurs envies, leurs motivations, souligne Jérémy Chalon. En France, on entend souvent parler des acteurs nationaux en matière de lutte contre l’épidémie. Or, il y a aussi une forte mobilisation aux échelles régionale et locale. » Ainsi à travers la boucle du ruban rouge, il y a également la volonté de mettre en lumière ces actions et ceux qui les portent : « pour nous, il était indispensable que les associations qui travaillent au quotidien depuis 40 ans soient associées à l’événement. De fait, la quasi-totalité d’entre elles nous ont rejoints, chacune agissant à son niveau et se mobilisant comme elle le peut ou le souhaite. L’important est qu’elles puissent profiter de l’événement pour prendre la parole et faire passer leur(s) message(s). »

Une convergence des luttes

Plus encore, le Crips veut faire de l’événement une convergence de luttes, a priori différentes mais pourtant liées : ainsi, « la question des réfugiés climatiques est réellement corrélée à celle de l’épidémie du VIH, puisque de nombreux migrants se contaminent soit durant leur trajet soit en France, détaille Jérémy Chalon. Or, cette problématique de la précarité climatique va augmenter dans les années à venir et avec elle, la question de l’accueil et de l’accès aux soins des migrants. C’est pour cela que nous avons souhaité que mon effort sportif soit écolo : le vélo et la course à pieds seront mes seuls moyens de transport ! »

Au-delà de la Boucle

Enfin, la Boucle du ruban rouge sera également l’occasion de sensibiliser et d’informer le grand public : « Nous voulons faire de cet événement un moment de mobilisation citoyenne en allant à la rencontre de la population pour échanger et voir un peu l’état de connaissance du VIH/sida aujourd’hui », explique le jeune père de famille. Et parce que le parcours ne peut malheureusement pas passer dans toutes les régions et villes de France, les organisateurs ont développé un appel à la mobilisation reposant sur un système de carte postale numérique : « nous voulions quelque chose d’original, qui permette notamment à tous ceux qui ne se trouvent pas sur le parcours de prendre tout de même part à l’effort. Il suffit de se rendre sur le site de l’événement et de remplir l’une des cartes proposées. Celles-ci seront ensuite envoyées au président de la République. Car, rappelons-le, la mobilisation contre le VIH/sida va bien au-delà du parcours du Ruban rouge. »

Elus locaux et financeurs mobilisés

Au-delà des associations, de nombreuses municipalités et élus locaux ont également répondu présents à l’appel du Crips, « chacun se mobilisant comme il le souhaite, sans engagement financier : signature de l’appel du Ruban rouge, aide à la tenue d’un stand d’information et/ou de dépistage inter-associatif dans les villes étapes, organisation d’une action particulière, expositions ». A noter également que les différents laboratoires pharmaceutiques qui travaillent sur la recherche contre le VIH se sont eux aussi associés à l’événement.

 

Notes :

*Le « 90-90-90 », fixé par l’Onusida en 2014, a pour objectif – à l’échelle mondiale et à l’horizon 2020 – la cible finale suivante : 90 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique ; 90 % des personnes infectées par le VIH dépistées reçoivent un traitement antirétroviral; 90 % des personnes recevant un traitement antirétroviral ont une charge virale durablement supprimée (et ne transmettent donc plus le virus à leurs partenaires sexuels). (3)

**Indétectable = intransmissible, c’est-à-dire qu’une personne séropositive qui prend un traitement antirétroviral durable et maintient une charge virale indétectable ne transmet plus le virus à ses partenaires sexuels. (4)

CRIPS : Centre régional d'information et de prévention du sida et pour la santé des jeunes


Sources et références :

  1. Interview de Jérémy Chalon, réalisée le 1er août 2019
  2. Site de la Boucle du Ruban rouge : https://www.laboucledurubanrouge.org
  3. « 90-90-90 – Une cible ambitieuse de traitement pour aider à mettre fin à l’épidémie du SIDA », ONUSIDA, 2014, https://www.unaids.org/sites/default/files/media_asset/90-90-90_fr.pdf, consulté le 20 août 2019
  4. « I=I », Vision Positive, 2té 2017, Catie, https://www.catie.ca/fr/visionpositive/ete-2017/ii, consulté le 22 août 2019
Vivre avecBien vivre avec le VIHLe VIH aujourd’hui

Vous aimez ce que vous venez de lire, faites le nous savoir !

Que ce soit en likant cet article ou en le partageant à vos amis, montrez nous à quel point il vous a plu.