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Ados porteurs du VIH : la nécessité d’une prise en charge spécifique - écrit en collaboration avec le Docteur Vincent JEANTILS

Ados porteurs du VIH : la nécessité d’une prise en charge spécifique - écrit en collaboration avec le Docteur Vincent JEANTILS

Publié le 12 janvier 2018
2 minutes de lecture

La séropositivité augmente les difficultés de construction identitaire propres à l’adolescence. A cet âge où les jeunes font l’expérience de l’émancipation et de l’éveil sexuel, il n’est pas aisé de grandir avec un virus tel que le VIH. C’est pourtant le cas d’environ 1500 adolescents en France. Ces jeunes ont besoin d’un accompagnement et d’une prise en charge spécifique et adaptée à leur âge et à leurs préoccupations. Explications avec le Docteur Vincent Jeantils, ancien praticien hospitalier en maladies infectieuses à l’Hôpital Jean Verdier à Bondy et Président de l’association ADOVIH, une association française qui organise des événements FORUM, livres, films pour cette population.

 

Des spécificités liées à la période adolescente

« La prise en charge des adolescents nécessite de prendre en compte toutes leurs spécificités, explique le Docteur Vincent Jeantils. De fait, l’adolescence est une période de transition difficile entre l’enfance et l’âge adulte pour n’importe quel jeune. La maladie vient ajouter de la difficulté à cet âge délicat par essence.» Une réalité néanmoins accentuée par la spécificité du VIH, maladie encore stigmatisante et souvent tue par ces jeunes patients séropositifs

 

Des spécificités thérapeutiques

 « Concrètement, on peut opposer deux types d’adolescents en fonction du mode de transmission du virus, poursuit le Docteur Jeantils. Cela va forcément influer sur leur prise en charge thérapeutique. Ainsi, les adolescents qui ont eu le VIH par transmission materno-fœtale ont dû prendre des médicaments depuis des années, et il existe souvent des résistances virologiques. A contrario, les jeunes qui ont été contaminés par voie sexuelle ont la plupart du temps des virus sauvages ; Ces jeunes connaissent peu de choses sur la maladie. Il faut donc leur expliquer et les accompagner différemment. » De fait, la question de l’observance du traitement se pose d’autant plus à l’adolescence, âge de la transgression : il n’est pas rare de voir un jeune arrêter de manière inopinée son traitement, parfois de manière prolongée. Il faut alors être d’autant plus attentif car cela peut être le signe d’une grande souffrance psychologique.

 

Des spécificités personnelles, sociales et familiales

Le mode d’infection est important, justifiant des approches différentes, comme l’explique le Docteur Jeantils : « Dans le cas de transmission maternelle, tout dépend de l’attitude des parents dans l’accompagnement de la séropositivité de leur enfant : ont-ils aidé à grandir avec le VIH ? Notre mission est de les accompagner et de travailler sur l’injustice de cette transmission et le fait de vivre malgré la maladie. C’est un travail long, multidisciplinaire,   favorisé ou non par le travail parental antérieur. »

 

Des spécificités dans les structures de prise en charge (pédiatriques et adultes)

Outre les difficultés de prise en charge thérapeutique et psychologique à cet âge, se pose le problème de la transition en service d’adultes. « En effet, si, pour certains jeunes qui vivent depuis toujours avec le VIH, le passage vers un service d’adulte semble quelque chose de normal et se passe sans heurt, d’autres, en revanche, ne le veulent pas, par peur et parce qu’ils ne veulent pas quitter ce médecin qui les connaît depuis longtemps. » De fait, l’âge de passage est ado-dépendant. « Certains jeunes de 15 ans présentent la maturité physique et intellectuelle suffisante pour être suivis par des soignants d’adultes, poursuit le spécialiste. D’autres, au contraire, resteront en pédiatrie plus longtemps. » Au-delà de 18 ans, pour les adolescents infectés par voie sexuelle, il est préférable de débuter un suivi en service adulte.

 

 

 

  1. Interview du Docteur Vincent Jeantils (réalisée le 22 septembre 2017) 
vincent.jeantils@aphp.fr
  1. « Prise en charge des personnes vivant avec le VIH » Actualisation 2015 du rapport 2013, sous la direction du Pr Philippe Morlat (p. 94, p. 104 à 106)
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