VIH : pourquoi faut-il faire attention à son alimentation ? - écrit en collaboration avec le Docteur Jean Michel LECERF

Il est important pour les patients atteints du virus de prêter une attention particulière à leur alimentation afin d’éviter une prise de poids et les complications associées.

 

« Trois déterminants interviennent sur la santé cardio-métabolique des patients atteints du VIH », explique le Dr Jean-Michel Lecerf, nutritionniste et endocrinologue à l’Institut Pasteur de Lille.

Tout d’abord la maladie virale, en tant que telle, peut avoir des impacts nutritionnels. « Certes, la sous-nutrition et la dénutrition, qui touchaient fréquemment les patients atteints du VIH, ont aujourd’hui pratiquement disparues car nous soignons mieux ces problèmes, souligne le Dr Lecerf. Néanmoins, le virus peut quand même entraîner des perturbations métaboliques car la maladie agit sur les cellules. »

Deuxième déterminant : les complications liées à la prise des antirétroviraux. Les médicaments peuvent en effet générer un manque ou un excès de tissu adipeux entraînant des lipodystrophies ou des lipoatrophies. « C’est générateur de disgrâces et de complications métaboliques notamment lorsque c’est situé au niveau du ventre, indique le Dr Lecerf. Toutefois les médicaments de dernière génération sont moins agressifs de ce point de vue. »

Enfin, « si le mode de vie associe des addictions à la drogue, au tabac, à l'alcool, une nutrition désordonnée, alors cela s'ajoute aux facteurs de risques classiques», fait-il savoir.

 

Problèmes de santé

Ces trois déterminants ont pour conséquence des risques de prise de poids abdominale. Cette prise de poids localisée ne s’explique pas vraiment. « Mais c’est le cas dans de nombreuses situations pathologiques où il y a du stress et des médicaments », souligne le Dr Lecerf. Parmi les complications associées : le diabète, les maladies cardiovasculaires (infarctus, syndrome coronarien). « Les risques cardiovasculaires et cardio-métaboliques sont très importants et deviennent la principale cause de mortalité des patients atteints du VIH lorsqu’ils ont des prises de poids importantes, précise le Dr Lecerf. L’infectiologue est au courant des effets des médicaments, il peut donc ajuster la prescription. Mais son rôle est aussi de dire à ses patients qu’ils ont pris du poids au niveau ventre et qu’ils doivent agir. »

 

Comportements positifs

En modifiant son alimentation, il est possible de réduire les complications. Cependant, comme les patients qui vivent avec le VIH font déjà face à de nombreuses contraintes au quotidien, il n’est donc pas toujours facile de changer leurs habitudes de vie. « Leurs professionnels de santé doivent les informer, les éduquer et les encourager à mieux s’alimenter pour réduire leur diabète, à faire de l’exercice physique ou encore à arrêter de fumer. Il y a toute une série de comportements positifs à retrouver », considère le nutritionniste.

 

Alimentation équilibrée

Pour éviter de prendre du poids notamment au niveau de l’abdomen, deux actions doivent être conjuguées : faire de l’exercice physique et réduire les calories. « Pour diminuer les calories, il faut réduire les quantités et mieux manger, résume le Dr Lecerf. Cela signifie consommer plus d’aliments protecteurs, bénéfiques donc adopter une alimentation type méditerranéenne car elle a fait ses preuves dans la prévention des risques cardio-vasculaires. » Légumes, poisson, bonne huile, aliments complets doivent devenir une habitude, tandis que la consommation de viande rouge et de sucre doit être réduite. « Les patients doivent adopter un comportement alimentaire plus naturel, écouter leurs sensations alimentaires, réduire les aliments inutiles et éviter les aliments manufacturés et transformés. » Mais l’idée n’est en aucun cas d’être au régime. « Il ne s’agit pas de créer un trouble pour en soigner un autre, met en garde le Dr Lecerf. Il faut rétablir un équilibre. »

 

Consulter son professionnel de santé

Cette approche de l’alimentation reste nouvelle mais intéresse beaucoup les professionnels de santé. « Pendant longtemps, leur priorité était de diminuer la charge virale, se rappelle le nutritionniste. Nous n’étions pas dans ″l’après-traitement″ alors qu’aujourd’hui, c’est devenu très important car les conséquences ne sont pas négligeables. » 

Son conseil pour les patients : être eux-mêmes convaincus que la nutrition est importante et s’informer sur la question. « Ils peuvent agir à leur échelle tout en interpellant leurs professionnels de santé sur la question de leur alimentation. »

Leur médecin pourra également les orienter vers un nutritionniste ou un diététicien.

 

Interview réalisée le 12/03/18 avec le Docteur Jean-Michel LECERF

 

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