Lumière sur… le Chemsex, une pratique à hauts risques

Prendre de la drogue afin d’améliorer performance, durée et plaisir sexuel : tel est le but du Chemsex, une pratique dangereuse qui se répand à une vitesse galopante. Les conséquences, tant individuelles pour les individus qui la pratiquent (dépendance etc.) que générales (transmission des IST et du VIH) sont alarmantes. Pour comprendre ce phénomène inquiétant, Prévenir pour l’avenir a rencontré le Docteur Matthieu Godinot, praticien attaché au service des Maladies Infectieuses de l’Hôpital Edouard Herriot à Lyon et spécialiste de la question.

 

 

Qu’est-ce que le « Chemsex » ?

Cette expression est issue de l’anglais Chemistry Sex. Cela désigne l’utilisation de drogues lors de rapports sexuels. Certaines de ces substances sont largement connues comme la cocaïne, le crystal meth ou le GHB. Mais on voit aujourd’hui des nouvelles drogues de synthèse comme la 3-MMC ou la 4-MEC. Ces produits se répandent de façon exponentielle dans le milieu de la nuit, chez les HSH et dans les milieux libertins. Les utilisateurs de ces molécules y recourent pour augmenter leurs performances sexuelles. Ce sont des drogues qui agissent sur tous les sens. Sous leur influence, on a le sentiment que le moindre mouvement devient érogène et érotisé. On en a le sentiment seulement, car finalement, les pratiques sexuelles à proprement parler sont en réalité assez pauvres. Ces produits se sont d’abord répandues dans les capitales (comme Londres et Paris, par exemple) avant d’être présentes aujourd’hui dans d’autres grandes villes comme Lyon. Cette diffusion a été facilitée par l’avènement du numérique : il est désormais très facile de se procurer ces drogues sur le web. Et qu’on ne se leurre pas : pas besoin d’être un pro du darknet* pour les trouver. Elles sont disponibles sur le web de surface ! Quelques clics et elles sont livrées à domicile. Ces substances sont donc peu chères et faciles d’accès. Une autre caractéristique de cette pratique, toujours liée au numérique, est l’échange et le partage de « bons plans » Chemsex via certaines applications de rencontres par exemple.

 

Quels sont ses dangers ?

Le Chemsex comporte trois risques. Le premier est d’ordre sociétal : initialement, cette pratique est particulièrement présente chez les jeunes gays. Mais il y a inévitablement un effet de mimétisme et de banalisation de l’utilisation de ces drogues de synthèse pour le sexe qui s’étend à d’autres groupes de population. Le second risque est celui de la dépendance d’abord psychologique puis physique, comme pour n’importe quelle drogue. Comme le rapport sexuel est vécu comme extraordinaire sous drogue, il devient banal et perd de son intérêt sans substance. Cela amène donc à consommer de nouveau et ainsi de suite. A terme, il y a même une impossibilité d’avoir du sexe sans produits. S’ensuit une utilisation de produits hors du contexte sexuel, par besoin physique pour les seuls effets du « shoot ». Et le troisième risque, ultime, est la mort : ce sont en effet des produits aux propriétés amnésiantes qui entraînent une multiplication des consommations jusqu’à l’overdose. En outre, cette pratique facilite la transmission de maladies bactériennes et virales : on oublie de protéger, les muqueuses sont fragilisées et donc les IST se transmettent à grande vitesse.

 

Cette pratique est-elle suffisamment connue et considérée aujourd’hui, tant par le public que par les acteurs de santé ?

Le Chemsex est un véritable enjeu de santé publique. D’une part, on compte de plus en plus d’usagers et de décès liés. D’autre part, cette pratique n’est absolument pas contrôlée : dès qu’une substance devient interdite, une autre émerge : on dénombre aujourd’hui des centaines de drogues de synthèse disponibles et des nouvelles apparaissent chaque année. Depuis quelques temps, quelques enquêtes ont été menées et des alertes ont été lancées à l’intention des établissements de nuit ou libertins par des professionnels de santé ou les pouvoirs publics comme la Préfecture de Paris par exemple. Certains Corevih commencent également à s’en emparer. C’est le cas dans la région Auvergne-Rhône Alpes où nous avons diffusé des flyers et un film pour sensibiliser et faire connaître le sujet. Certains médias commencent également à en parler. Néanmoins, cela reste grandement méconnu des médecins notamment libéraux et surtout du grand public. Pour l’instant, cela concerne en effet un groupe de population relativement restreint (jeunes HSH) mais cela comment à se diffuser auprès des hétérosexuels également. Il est donc essentiel pour les professionnels de santé d’être informés afin de pouvoir identifier ces usagers et de les adresser vers des structures de soins en en addictologie. Un premier pas est d’aborder la question avec les patients séropositifs ou sous PreP.

 

*Darknet : réseau inaccessible depuis un navigateur traditionnel, où l’anonymat est garanti (Source : « en savoir plus sur le réseau internet invisible Darknet », CNRS, http://www.cil.cnrs.fr/CIL/spip.php?article2027)

 

Interview du Dr Matthieu Godinot réalisée le 2 mai 2018

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