120 battements par minute » : une fiction pour parler de la réalité

Aujourd’hui, en France, une personne séropositive peut être soignée, certes sans guérir mais mener une vie normale. Cela n’était pas le cas dans les années 80 et 90, ces décennies où les trithérapies n'existaient pas et où le taux de décès lié au SIDA était élevé. C’est ce que rappelle, en substance le film 120 battements par minute qui retrace  avec brio le combat de l’association de lutte contre le Sida, Act Up-Paris. Le COREVIH Hauts-de-France a rebondi sur la sortie du film et a organisé des projections suivies d’un débat.

 

Outre les progrès en matière de traitement, le recul du Sida a été rendu possible grâce à la mobilisation des chercheurs, des professionnels de santé et des associatifs. Act Up Paris, fut à très juste titre l’acteur central du film 120 battements par minute. Il y a quelques semaines, le COREVIH Hauts-de-France a privatisé une partie du cinéma de Tourcoing pour la projection du film : « l’idée était d’offrir la possibilité aux associatifs, aux professionnels de santé, aux patients et à leurs aidants (familles, conjoints) de voir le film puis d’en débattre entre   anciens et nouveaux. L’équipe des Maladies Infectieuses et du COREVIH souhaitait  rappeler aux jeunes  et aux  moins jeunes  que la lutte  et  le combat   rassemblaient  pour ne pas dire  opposaient  politiques  et activistes. La justesse du récit poignant du film avait  plongée l’assistance  dans le  silence  et l’émotion . La prise de parole par des personnes  d’orientation  différente fut progressive et très bienveillante. La détermination de ceux qui sont morts force l’admiration et rappelle même si beaucoup a été  fait  qu’il y a  encore  en  2017 - 2018  des  oubliés , stigmatisés et sans  accès aux soins”

Le Docteur Ajana rappelle qu’un jeune soignant ou militant qui débute aujourd’hui n’a pas du tout la même appréhension de l’épidémie qu’un autre qui officiait déjà dans les années 80 ou 90. Ce film a le mérite de dire et de faire voir le vrai du vrai. J’avais l’impression de revivre mes premières années de prise en charge. Dès lors, je ne peux que comprendre certains de mes patients qui ont été très secoués. J’ai également conseillé à nos étudiants de la faculté de médecine et des écoles d’infirmières de regarder et revisionner ce film-documentaire qui retrace notamment l’épidémiologie du SIDA.

 

Si le profil de l’épidémie a changé, la vigilance et la lutte   restent les mêmes : un traitement  pour tous et la protection des plus vulnérables.

 

Encadré : 120 Battements par minute1,2

Années 90, Paris. Cela fait plus de 30 ans que le Sida est apparu et qu’il tue. Les traitements alors disponibles permettent de freiner le développement de la maladie mais pas d’écarter le spectre de la mort, inéluctable. Dans ce contexte, l’association Act Up-Paris, fondée en 1989, multiplie les actions coup de poing à grand renfort de slogans chocs afin d’attirer l’attention de l’opinion publique et des médias sur l’épidémie et, surtout, sur le combat des malades. Pour le film, le réalisateur, Robin Campillo, a puisé dans ses propres souvenirs de militant d’Act Up dans les années 80. Une démarche couronnée de succès puisque le long-métrage a reçu de nombreuses nominations et distinctions, parmi lesquelles 6 César (dont celui du meilleur film) en 2018 et 2 prix à Cannes (dont le Grand prix du jury) en 2017.

 

Le saviez-vous ? Le titre du film, 120 battements par minute fait référence au « beat de la house » *, musique emblématique des années 90 et omniprésente dans le film.3

 

*Beat : Rythme ; House : genre musical

1 : « 120 battements par minute », Allociné, http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=245592.html et http://www.allocine.fr/film/fichefilm-245592/secrets-tournage

2 : « 120 battements par minute », Télérama, http://www.telerama.fr/cinema/films/120-battements-par-minute,518013.php

3 : « 120 battements par minute », Allociné, http://www.allocine.fr/film/fichefilm-245592/secrets-tournage

 

Interview réalisée avec le Docteur Faiza Ajana, infectiologue au CH de Tourcoing, le 9 février 2018.

Comprendre le VIH et vivre avecBien vivre avec le VIHJeunes, Ado et VIH

Vous aimez ce que vous venez de lire, faites le nous savoir !

Que ce soit en likant cet article ou en le partageant à vos amis, montrez nous à quel point il vous a plu.