Mener à bien une grossesse malgré le VIH

Avoir un enfant n'est pas incompatible avec le fait d'être séropositive, si et seulement si la patiente est bien suivie par ses médecins pour cette grossesse considérée à haut risque pour le bébé. En effet, si le taux de contamination de la mère à l'enfant est passé à 0,3% en France métropolitaine sur la période 2010-20151, la prise en charge doit être strictement encadrée, comme l'explique dans cette interview le Docteur Valérie Garrait, infectiologue au Centre hospitalier intercommunal (CHI) de Créteil (Val-de-Marne). 

 

Les femmes touchées par le VIH peuvent-elles envisager d'avoir un enfant ? 

Dr Valérie Garrait : "Les femmes séropositives sont légitimes à vouloir un enfant. Une grossesse bien gérée peut tout à fait bien s'intégrer dans le suivi de la maladie. Ce désir d'enfant leur appartient, les médecins doivent être à l'écoute de ce projet et ensuite être présents pour les conseiller et adapter le traitement avant et pendant la grossesse. Il est d'ailleurs plus facile de gérer un suivi de grossesse et la maladie lorsque l'enfant est conçu dans le cadre d'un projet et non par accident, car certains médicaments sont risqués pour le foetus au moment de la conception. Si le médecin est informé en amont de ce projet, il peut alors proposer une prise en charge adaptée dès le début du suivi de l'infection à VIH." 

 

Comment se passe ensuite le suivi de grossesse ? (1)

Dr V. G. : " Du point de vue gynécologique, le suivi est identique à une autre grossesse. Néanmoins, la patiente va bénéficier d'un contrôle de sa charge virale tous les mois. En effet, la contamination de la mère à l'enfant a généralement lieu en fin de grossesse, au troisième trimestre et lors de l'accouchement. Le bébé est alors en contact avec les sécrétions et le sang : les risques de contamination sont plus élevés. Lorsque la patiente séropositive est suivie, prend un traitement, est contrôlée sur le plan du virus, et que ce dernier est indétectable tout au long de la grossesse, alors le risque de contaminer l'enfant est quasiment nul. La future mère pourra accoucher par voix basse. "

 

Et pour les femmes qui découvrent leur contamination à l'occasion de leur grossesse ? (1)

Dr V. G. : "Le dépistage du VIH fait partie des bilans biologiques au moment de la découverte d'une grossesse. Et effectivement, il arrive que des patientes apprennent leur contamination à ce moment-là. La situation est généralement traumatisante pour la femme car outre la découverte, elle doit l'annoncer et commencer un traitement le plus rapidement possible. Elle n'a dont pas beaucoup de temps pour "digérer" la nouvelle. Il s'agit d'une situation urgente et aigüe car plus la grossesse avance, plus le risque de contaminer l'enfant par le virus est important." 

 

Comment se passe le suivi de la patiente dans ce cas ? (1)

Dr V. G. : "Si en fin de grossesse, le virus n'est pas indétectable parce que le traitement a été commencé trop tardivement ou a été mal pris, nous allons proposer une césarienne programmée pour éviter la phase à risque maximal. Néanmoins, cette situation est devenue rare car si la patiente est bien suivie et qu'elle prend correctement son traitement, la charge virale est généralement indétectable au moment de l'accouchement." 

L'enfant bénéficie-t-il d'un suivi particulier ? (1)

Dr V. G. : "Quel que soit le mode d'accouchement, le bébé va être pris en charge pour éviter la contamination au cas où il aurait pu être en contact avec le virus malgré toutes les précautions prises. Dans tous les cas, l'enfant ne pourra pas bénéficier de l'allaitement maternel. Les femmes doivent d'ailleurs se préparer psychologiquement et socialement à ne pas allaiter. Généralement, les femmes sont prêtes à tout pour que leurs bébés ne soient pas contaminés. Pour beaucoup d'entre elles, ne pas allaiter n'est pas si grave à cet égard. Mais souvent, le problème vient de l'entourage. Il faut donc aborder la question afin d'éviter les allaitements clandestins. La partie sociale est souvent la plus difficile à gérer. "

 

Interview du Docteur Valérie Garrait réalisée le 19 juillet 2018

 
Sources : 
1 "Prise en charge des personnes vivant avec le VIH - Désir d'enfant et grossesse", mai 2018, CNS p.14, https://cns.sante.fr/wp-content/uploads/2017/11/experts-vih_grossesse.pdf, consulté le 22 janvier 2019
Vivre avecFemmes et séropositivité

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