De plus en plus de difficultés à trouver un emploi

Les personnes infectées par le VIH ont de plus en plus de mal à trouver un emploi, en dépit de l’amélioration des traitements. C’est le constat alarmant que dressent des chercheurs français.

Entre 2003 et 2011, le taux de chômage des personnes séropositives est passé de 12,6% à 15,8%, selon une étude financée par l’Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) et publiée le 28 novembre 2016 (1) sur le site de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Il a augmenté plus rapidement que chez la population générale, la différence entre les deux groupes étant passée de 7% en 2003 à 10% en 2011.

Cette situation, loin d’être consécutive à la crise économique de 2008, serait plutôt liée à l’amélioration des soins, soulignent les chercheurs, rappelant que 95,5% des personnes séropositives montraient une charge virale (ou quantité de virus présente dans le sang) contrôlée en 2011, contre 77,7% en 2003. Selon Margot Annequin, doctorante en épidémiologie sociale responsable de ces travaux, les malades étant en meilleure santé grâce à l’amélioration des soins, ils bénéficient plus difficilement du dispositif de maintien dans l’emploi (2) et peuvent donc retourner au travail plus facilement. Mais cela n’enlève rien au fait qu’ils restent handicapés par leur maladie.

En effet, explique Margot Annequin, « comme toute personne atteinte de pathologie chronique, ils ont parfois besoin de faire une pause dans leur activité professionnelle pour leurs soins. Le retour à l’emploi est alors difficile dans un marché très compétitif, et avec la peur que l’infection se sache ».

 

Les origines ethniques en question

Cette discrimination pourrait aussi être liée aux origines ethniques des candidats séropositifs, leur profil ayant évolué ces dernières années. Plus de 31% d’entre eux étaient d’origine sub-saharienne en 2011, contre 21% en 2003. Or, rappelle Margot Annequin, « les facteurs sociaux et de santé sont imbriqués quand il s’agit du VIH ». En 2011, un quart des personnes vivant avec le VIH déclarait en effet avoir subi des discriminations dont 6% lors de leurs recherches d’emploi dans les deux dernières années, la situation étant particulièrement défavorable pour les plus de 55 ans (3). Au-delà de l’analyse des conséquences, les chercheurs, encouragent les pouvoirs publics à questionner « l’adaptation du dispositif de maintien dans l’emploi » pour les personnes séropositives.

 

(1) « De plus en plus difficile de travailler avec le VIH », Inserm, 28 novembre 2016 - Unité 1136 Inserm/UPMC, Institut Pierre Louis d'épidémiologie et de santé publique, Paris M, Margot Annequin.

(2) L'Agefiph propose, en complément des aides de droit commun, des aides destinées à faciliter le maintien dans l'emploi de salariés devenus handicapés ou dont le handicap s'aggrave. L'aide s'adresse aux employeurs de personnes reconnues handicapées ou en voie de l’être ainsi qu’aux travailleurs indépendants reconnus handicapés ou en voie de l’être. Source : « Toutes les aides AGEFIPH pour maintenir l’emploi d’un salarié handicapé ».

(3) « Les personnes vivant avec le VIH face aux discriminations en France métropolitaine ». Élise Marsicano, Rosemary Dray-Spira, France Lert, et al. Population et Sociétés, n° 516, novembre 2014

Droit et VIH

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